« A ce soir » de Laure Adler

« Treize juillet. Dix-sept ans après la mort de Rémi. »

On réagit tous différemment à la mort. Cette mort à laquelle on pense quasiment tous les jours une fois franchi la quarantaine, « ce milieu de la vie » qui représente pour beaucoup d’entre nous le moment où l’on prend conscience de sa finitude. Mais lorsque la mort frappe votre enfant, on n’est jamais préparé à l’affronter, à la vivre et surtout à la raconter.

Je vous ai déjà parlé du très touchant livre d’Anne-Marie Revol, « Nos étoiles ont filé ». L’auteure écrit des lettres chaque jour à ses deux petites filles disparues dans l’incendie de la maison de leurs grands-parents. Dès le début, elle a écrit ce qu’elle ressentait, probablement pour trouver la force de vivre. Laure Adler va attendre dix sept ans pour pouvoir parler de la mort de son petit garçon de neuf mois. Dix sept ans, c’est très long et cela n’arrive pas par hasard. Au volant de sa voiture, à un carrefour, sa vie a failli basculer. L’irrémédiable n’a pas été commis. Elle s’est rendu à son travail comme si rien ne s’était passé, mais une fois chez elle, la mort de son fils a fait écho à ce qu’elle avait failli vivre. Alors, elle a écrit, raconté, dix sept ans après.

Le récit est forcément plus distancié, mais paradoxalement les faits plus précis, l’histoire plus détaillée sur certains faits. Car Laure Adler va accompagner son premier enfant dans la mort. Victime, à priori, d’une infection pulmonaire, mais sans certitude précise, le petit garçon, qu’elle évoque très peu par son prénom, va être placé sous assistance respiratoire. Il lui faudra parfois plusieurs machines pour continuer à vivre. D’abord transporté dans un hôpital vétuste, qui fermera d’ailleurs ses portes, le petit garçon sera ensuite transféré dans un hôpital où il sera encadré par un personnel soignant exceptionnel. L’espoir renait, le petit garçon reprend des forces, grossit même, on espère qu’il puisse bientôt respirer seul. Mais malheureusement, l’issue tant espérée n’arrivera pas.

La scène la plus terrible à se remémorer, à mon sens, est le moment où elle apprend que son fils ne va pas bien. Elle rentre chez elle. La voisine ne se souvient pas précisément de l’endroit où la nounou et sa sÅ“ur l’ont emmené. D’abord chez un médecin, non dans une clinique, non à l’hôpital. Mais elle doit téléphoner… Puis l’attente, à en devenir folle.
(le téléphone portable n’existait pas en France au début des années quatre-vingt). Et puis la culpabilité, si j’avais été là, il est gravement malade et je ne suis pas à ses côtés.

Le livre se termine par ces mots :

« Vivre après … Car il y a une suite après la fin …

Vivre après, avec la force de son amour, intacte par delà les jours, et qui nous amène à vouloir parler, même s’il n’y a pas de mots – chacun en fait l’expérience – capables de dire la séparation, l’absence, le manque qui vous déchire.

Vivre après, dans l’espace abandonné par la mort qui, elle, ne fait jamais défaut, ne vous laisse plus en paix, a vite fait de vous murmurer, à sa façon, un « A ce soir » qui résonne comme une menace.

Vivre après, quand le voile de l’inquiétude obscurcit la lumière du jour.»

« A ce soir » de Laure Adler -186 pages -  Gallimard – 2001

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