Dalila Bellil – Nos pères sont partis

Le plus touchant dans les premiers romans, c’est que l’on découvre fréquemment une écriture émotive, affective, couplée à une histoire qui est forcément personnelle. La plupart du temps, l’auteur se projette dans l’histoire de son personnage principal avec plus ou moins d’empathie.

Dans le cas du premier roman de Dalila Bellil, l’auteure se dédouble en écrivant une histoire d’amitié épistolaire de part et d’autre de la Méditerranée. Dahbia et Soltana sont deux jeunes femmes, issues du même village de Kabylie, mais qui n’ont cependant pas connu le même destin. Pourtant, leurs pères ont choisi l’exil pour subvenir aux besoins de leurs familles. Tous les deux ont choisi la France comme terre promise. Mais si le père de Soltana a fait venir très vite sa femme et ses enfants, il n’en a pas été de même pour celui de Dahbia, qui a jugé la France « dangereuse » pour la morale de sa famille.

Un même exil pour ces pères, mais deux destins différents pour leurs filles. Soltana avait deux ans au moment de son départ pour Paris, et ne garde de son village natal que quelques souvenirs du temps des vacances d’été. Dahbia, quant à elle, ne connaîtra son père que par intermittence, au moment de ses rares retours au pays.

L’amitié, entre ces deux jeunes femmes, s’est construite au creux des montagnes sauvages de Kabylie. Une amitié qui s’est fortifiée malgré l’éloignement et les différences culturelles qui s’imposent à elles année après année – l’école pour Soltana, le mariage très jeune pour Dahbia. Mais le mariage de cette dernière a eu raison de leur amitié. Trop d’incompréhension. Trop de distance.

C’est une lettre de Dahbia qui va permettre aux deux amies de se retrouver après plusieurs années de silence. Une lettre dans laquelle elle exprime son angoisse à l’idée d’immigrer à son tour en France. Les violences en Algérie ont eu raison de l’amour de son mari pour sa patrie. Il veut partir, cesser de vivre la peur au ventre.

S’engage alors une correspondance entre les deux amies, qui, lettre après lettre, vont apprendre à se redécouvrir, et au final, leur permettre de franchir une étape cruciale de leur vie.

Dahbia, grâce à ses lettres, va se libérer. Pour elle, « être seule avec ses secrets est une prison », et pour la première fois, elle va tout raconter. Son mariage. La naissance de ses deux enfants. La montée de l’islamisme. La guerre civile. Les massacres. Le départ de son village. Petit à petit, Dahbia, va éduquer son amie à son pays.

Soltana, quant à elle, va renouer avec ses origines, et se redécouvrir algérienne au travers des histoires de son amie. Un processus indispensable dans sa construction de femme.

C’est ce double parcours initiatique que nous raconte Dalila Bellil. Deux parcours qui, au final, pourraient n’en constituer qu’un seul, celui de l’auteure, et qui lui permet, à sa manière, de reconquérir son passé ainsi que ses origines.

Dalila Bellil – Nos pères sont partis – 280 pages – Editions Encre d’Orient 2011

Vous Aimez Cet Article ?

RSS Digg Twitter StumbleUpon Delicious Technorati

Il n'y a pas encore de commentaire pour cet article.

Commenter


Nom (required)

Mail (ne sera pas publié) (required)

Site

Commentaire