« Les séparées » de Kéthévane Davrichewy

« Quand une relation se termine, il faut savoir l’accepter » disait le mari d’Alice.

Vous pensez peut-être qu’en commençant ce texte par cette phrase, j’introduis une rupture amoureuse ? Eh bien non ! Lorsque le mari d’Alice lui dit cela, il le fait parce qu’elle compte revoir, Cécile, une amie de 30 ans, qu’elle n’a pas vue depuis plusieurs années. Parce que la vie les a séparées. Cette phrase sonne tellement juste. Amitié amoureuse ou amour d’amitié. Finalement, on est mieux préparé à une rupture amoureuse qu’à une rupture amicale.

L’une est architecte. L’autre designer. Leur première rencontre date de la maternelle. Leur amitié débute réellement au collège. Elles vont franchir ensemble toutes les étapes de la vie. Premiers émois – rencontres – secrets – mariage – naissance des enfants – rupture – décès des gens qu’elles aiment. Et pourtant, au bout de trente ans, on les retrouve toutes les deux, à l’aube de la cinquantaine, complètement perdues, désœuvrées, l’une sans l’autre.

L’auteure aurait préféré « illusions perdues » comme titre de son troisième roman. Il est vrai que si son livre nous raconte la dissolution d’une amitié, c’est aussi un livre sur le temps qui passe avec forcément ses illusions perdues sur la jeunesse, sur le passé.

Au travers de ce roman polyphonique, Kéthévane Davrichewy, tend à montrer – peut-être à démontrer – qu’il y a, dans toute relation amicale, un moment, un instant où tout bascule. Ce fameux instant de la rupture. Parfois, on le saisit, on le comprend, on l’analyse. La plupart du temps, on passe à côté. Impossible de faire marche arrière ou de faire un arrêt sur image pour expliquer une situation, un mot de trop, un non-dit … Il est déjà trop tard. On s’éloigne inexorablement. Et le processus est malheureusement le même pour une amitié naissante comme pour une amitié de plusieurs décennies.

Finalement, l’amitié n’est-ce pas la capacité d’accepter les défauts de l’autre jusqu’au jour où tout nous devient insupportable ? Comme dans une relation amoureuse ?

On sent au travers de l’écriture de l’auteure, qu’elle a déjà vécu cette situation. Un livre peut-il réparer une amitié ? Pour Alice qui cite Victor Hugo « La vie n’est qu’une longue perte ». Je suis trop optimiste pour finir sur ce constat. Je préfère penser que la vie est une longue suite de rencontres. A vous, maintenant, d’interpréter la fin du livre.

« Les séparées » de Kéthévane Davrichewy – 181 pages – Editions Sabine Wespieser 2012

Vous Aimez Cet Article ?

RSS Digg Twitter StumbleUpon Delicious Technorati

Un commentaire

  • Martine dit :

    Un livre que j’ai dévoré en deux jours. L’écriture est sensible ce roman a deux voix n’est jamais ennuyeux il est plein d’émotions parfois cruel.On se pose la question tout au long du livre A quel moment leur amitié a chaviré? Dans certaines scènes on se reconnaît dans les années lycée!Peut-on être amies toute la vie?
    Merci Caroline d’avoir présenté ce livre.

Trackbacks et Pingbacks

Commenter


Nom (required)

Mail (ne sera pas publié) (required)

Site

Commentaire