Ecrit par Caroline White. Le mai 13. Dans regards de femmes
Dès le début de son livre, Naomi Fontaine* nous prévient qu’elle a « inventé », qu’elle a mis « un voile blanc sur ce qui est sale », parce que : « qui veut lire des mots comme drogue, inceste, alcool, solitude, suicide, chèque en bois, viol ?».
On est prévenu. L’auteure, qui s’adresse si honnêtement à nous, est une Innue, âgée de 23 ans. Les Innus** (prononcez Innou) sont un peuple autochtone du nord du Canada. Ce que Naomi Fontaine dit avoir inventé est « une réserve reconstruite où les enfants jouent dehors, où les mères font des enfants pour les aimer, où on fait survivre la langue ».
Vous l’avez compris, l’auteure a choisi le prisme de la lumière pour nous emmener faire une ballade poétique dans une réserve. Ce n’est pas qu’elle souhaite nous cacher la misère ou la souffrance que l’on peut y trouver – non – son objectif est de nous montrer ce qu’elle perçoit au-delà des apparences – la chaleur au lieu de la froideur – la paix au lieu de la violence – la vie au lieu de la mort. Un endroit où l’espoir règne encore.
Naomi Fontaine va ainsi, dans son premier roman, rallumer un certain nombre de petites lanternes à travers la rencontre de femmes, d’hommes et d’enfants Innus. Aucun ne sera nommé, comme s’ils appartenaient déjà au passé. Car au travers de ces rencontres, c’est avec ses origines qu’elle renoue, elle qui est née dans la réserve de Uashat, mais vit depuis l’âge de sept ans dans la ville de Québec. Un passé si proche et si lointain en même temps. Un passé qui ne peut que s’effacer avec le temps qui passe tant les traditions et la vie des Innus sont si peu compatibles avec la vie moderne. A chaque construction de ponts, à chaque avancée de la ville sur la nature, c’est un peu de leur espace de survie qui disparait, comme à chaque fois qu’on leur interdit de chasser le caribou pour des questions de protection de cette espèce, et qu’on les encourage à abandonner leur nomadisme, synonyme pour eux de lien avec la nature. Une nature si rude dans cette région du nord du Canada, qui les avait préservés si longtemps de la bêtise humaine.
Kuessipan, en Innu, veut dire « à toi », mais aussi « à mon tour », une façon pour cette jeune écrivaine, de dire, à son tour, à son peuple, par le biais de la littérature et de la poésie, qu’elle l’aime, et de clamer au reste du monde qu’elle est fière d’être une Innue.
*Naomi Fontaine fera partie des nombreux intervenants du Festival América, qui se déroule tous les deux ans à Vincennes, en septembre. Je ne manquerai pas de vous en reparler !
**en 2010, le nombre des Innus était estimé à 19 612, soit 17 517 au Québec répartis dans 11 réserves et 2095 au Labrador dans 2 réserves (source Wikipédia)







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